Extrait de : «Historique des chaires de Chimie, de Physique végétale et de Physiologie végétale du Muséum d'Histoire naturelle

Extrait de : «Historique des chaires de Chimie, de Physique végétale et de Physiologie végétale du Muséum d'Histoire naturelle», Victor Plouvier*, Bull. Mus. natn. Hist. nat., Paris, 4e sér., 3, 1981, Miscellanea : 93-155.

 

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Index Bibliographie

 

 

Origine et évolution des deux chaires de chimie et de la chaire de physique végétale

 

Les deux chaires de Chimie

 

Enseignement et recherche

 

 

L'enseignement du Jardin du Roy était à l'origine uniquement médical et pharmaceutique, destiné aux «écoliers» (étudiants) et à tous ceux qui voulaient s'instruire. Jusqu'en 1810, tous les professeurs de la première chaire et leurs suppléants (sauf S. Boulduc) étaient docteurs en médecine. Jusqu'en 1830, tous les sous-démonstrateurs, démonstrateurs et professeurs de la «seconde chaire» étaient pharmaciens. Les premiers vantaient les propriétés des drogues d'origine minérale, végétale et animale, les seconds faisaient toutes opérations «chimiques» à leur sujet.

 

Mais la chimie du XVIIe siècle a évolué : au Jardin du Roy. elle s'étendit peu a peu au-delà de son objectif initial. En 1788, le cours de pharmacopée chimique était devenu un cours de chimie. A côté des plantes médicinales, il y en avait d'autres. L'ancien droguier de 1635, perdant son aspect d'officine, s’était transformé en Cabinet d'Histoire naturelle. Sous l'Ancien Régime, cet enseignement a répandu le goût de la chimie et a produit une pléiade de savants.

 

Jusqu'en 1793, la plupart des professeurs du Jardin du Roy faisaient seulement des cours : ils occupaient le reste de leur temps comme ils voulaient. Parmi les attributions nouvelles ajoutées par la Convention figurent «des expériences pour améliorer les productions de la nature»*. Bon nombre de chimistes n'avaient pas attendu cette introduction officielle de la recherche pour faire avancer la science. Depuis lors, la recherche n’a pas cessé de se développer, d'abord dans le laboratoire particulier du professeur avec un ou deux collaborateurs, plus tard avec des élèves de plus en plus nombreux. Le décret du 12 décembre 1891 confirme les fonctions des professeurs : enseignement (quarante leçons par an), direction des travaux du laboratoire, conservation des collections.

Le développement de la chimie a entraîné un choix dans les programmes d'enseignement et de recherche. Quelques professeurs firent beaucoup de chimie minérale (Laurier, Vauquelin, Gay-Lussac, Frémy) mais, depuis 1892, la chimie organique est seule représentée. Son domaine sans cesse grandissant a imposé une spécialisation toujours plus étroite qui est remise en cause à la nomination de chaque nouveau titulaire. Cependant, depuis plus d'un siècle, les principales recherches portent sur la synthèse organique et la phytochimie. Une tradition s'est même établie pour certains sujets : urée, corps gras, sucres, glucosides, sapogénines, alcaloïdes.

 

I.'enseignement de la chimie né au Jardin du Roy sous une forme médicale s'y est développé pendant cent cinquante ans pour atteindre son apogée à l'époque des grandes découvertes ; ensuite commença son essaimage vers différentes écoles. Aujourd'hui, les foules ne viennent plus apprendre la chimie au Muséum, comme au temps de Rouelle et de Fourcroy : les étudiants trouvent dans des établissements spécialisés, facultés et écoles supérieures, tout un choix d'enseignements à la fois théoriques et pratiques sanctionnés par des diplômes officiels. Et le public désireux de s'instruire trouve au Palais de la Découverte de belles expériences expliquées par des démonstrateurs.

L'enseignement au Muséum s'est nettement spécialisé : surtout destiné à l'initiation des chercheurs, il est adapté aux sujets des travaux exécutés au laboratoire. D'après Colin, «il s'adresse à l'élite plutôt qu'au grand nombre, il vise avant tout à susciter de nouvelles recherches». A l'exception de Sannié, les derniers titulaires ont encore fait un cours ; les auditeurs du cours de Mentzer étaient presque uniquement ses collaborateurs et élèves. Ainsi, l'amphithéâtre a cédé la place au laboratoire, la recherche est devenue l'objectif principal de l'établissement et les portes sont ouvertes de préférence à ceux qui, déjà pourvus de solides connaissances en chimie, viennent préparer une thèse, couronnement de leurs études.

 

Pendant les trois cent quarante années de leur histoire, les chaires de Chimie ont contribué, par leur enseignement comme par leurs travaux, à la remarquable évolution de cette science : elles ont connu successivement l'alchimie aux recettes confidentielles, le phlogistique très en honneur au XVIIIe siècle, les grandes découvertes de Lavoisier et l'essor considérable qui en a résulté. Des noms comme Fourcroy. Vauquelin, Chevreul ont illustré au Muséum la période de 1775 à 1820 qui fut la plus brillante de la chimie française. Et les nombreux travaux du XIXe siècle ont pris part à l'élaboration de la chimie moderne qui, elle-même aujourd'hui, se trouve transfigurée par les progrès de la physique.



Visiteurs















LAISSUS, Y. Le Muséum d'Histoire naturelle : trois siècles d'histoire

  — Revue de L’Enseignement supérieur, 1902, n° 2 : 53-70

  — Le Jardin du Roi. Enseignement et diffusion des Sciences en France au 18e siècle, 1904 : 287-341

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Roule, L. — Les médecins du Jardin du Roi aux 17e et 18e siècles
Impr. Foulon, Paris, 1942, 58 p.

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En 1796, la recherche était considérée comme très accessoir : l'assemblée des professeurs du 24 frimaire an V"discute la question de savoir si l'aide-naturaliste de la cChimie et l'homme de peine qui est au service du laboratoire sont nécessaires à l'établissement après la confection des cours"

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Mentzer,C. - Cours inaugural
Bull. Mus. natn. Hist. nat., Paris, 1959, 2e sér., 31 (3) : 195-208

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COLIN, H. - La chaire de Physique végétale du Muséum
Impr. Thiron, Clermont, 1933 : 12 p.

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